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En France, les disparités spatiales en matière de chômage sont fortes et perdurent

Année de publication2021
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2016
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En 2014, le taux de chômage localisé dans les zones d’emploi françaises présentait de forts contrastes territoriaux, en s’échelonnant de 4,8 % dans la zone d’emploi de Houdan, dans les Yvelines, à 34,4 % dans la zone d’emploi de Saint-Laurent, en Guyane.
En France métropolitaine, l’écart entre le taux de chômage de la zone d’emploi de Houdan et celle d’Agde-Pézenas (17,9 %, le maximum en métropole) est presque de 1 à 4. La géographie du chômage fait apparaître une forte concentration du phénomène, qui est très stable dans le temps : les zones où le taux de chômage est élevé présentent en effet des difficultés structurelles depuis plusieurs décennies.

Dom, Nord-Est et littoral languedocien : des taux de chômage historiquement élevés

Il s’agit, en premier lieu, des départements-régions d’outre-mer, où le taux de chômage est supérieur à 17,4 % dans l’ensemble des 17 zones d’emploi (une seule zone dépasse ce seuil en métropole : Agde-Pézenas).

Le taux de chômage est particulièrement élevé dans l’Ouest guyanais, à la Réunion (plus de 31 % de chômeurs dans les zones d’emploi de l’Est et du Sud) ainsi que dans l’est de la Guadeloupe (29,1 %).
Par rapport aux autres Dom, la situation de la Martinique est légèrement moins dégradée, avec un maximum de 24,5 % de chômeurs dans la zone d’emploi Centre-Atlantique. Le niveau et la persistance du chômage dans les Dom trouvent leur explication dans la spécificité de leurs marchés du travail (voir partie 3).

En France métropolitaine, les forts taux de chômage sont principalement concentrés dans deux types de territoires. Au sud, les zones d’emploi du littoral languedocien, premières touchées par la hausse du chômage dans les années 1970, affichent des taux systématiquement supérieurs à 15 %. C’est en partie une conséquence des nombreuses arrivées d’actifs que connaissent ces zones d’emploi. En effet, celles de Ganges, Narbonne, Agde-Pézenas et Clermont-L’hérault-Lodève, par exemple, ont toutes des taux annuels moyens de croissance de la population dus aux apports migratoires supérieurs à 1,5 % depuis 1999, contre une médiane à 0,3 % en France. Dans l’ancienne région Languedoc-Roussillon, la plupart des migrants sont des actifs en âge de travailler, et, comme les couples déménagent souvent pour un motif lié à l’emploi d’un des deux conjoints, l’autre est fréquemment au chômage à son arrivée. Dans ces espaces, l’emploi s’est développé dans les sphères résidentielle et publique (respectivement + 75 % et + 200 % depuis 1975 dans ces quatre zones), mais pas assez pour absorber l’excédent migratoire et la baisse de l’emploi dans la sphère productive (agriculture, industrie et tertiaire lié à l’industrie). L’emploi tertiaire productif se développe pourtant dans certaines zones comme celles de Narbonne ou de Montpellier.

Au nord, l’augmentation du chômage a été un peu plus tardive, avec l’accélération de la désindustrialisation dans les années 1980 et 1990. Mais il se maintient à un niveau très haut dans le Pas-de-Calais (15,8 % dans la zone d’emploi de Calais), dans le Nord (15,2 % à Maubeuge), dans l’Aisne (avec un maximum de 16,9 % en Thiérache), dans les Ardennes et en Seine-Maritime avec la zone d’emploi du Havre. La crise de l’industrie traditionnelle (sidérurgie, textile, construction automobile, etc.) a entraîné une forte baisse de l’emploi industriel, qui n’a pas été compensée partout par une augmentation de l’emploi résidentiel ou public.
Le solde migratoire y est fortement négatif, mais il est contrebalancé par un solde naturel positif. Dans la zone d’emploi de Calais par exemple, les migrations résidentielles ont fait baisser la population de 0,4 % en moyenne par an entre 1999 et 2012 ; le solde naturel (0,7 %) a permis néanmoins de maintenir une croissance démographique, faible mais positive.

La hausse du chômage est plus récente (années 1990) dans l’Est et le long d’une ligne Verdun-Issoudun, où elle s’est beaucoup accentuée depuis 2007. Celle-ci a, par exemple, eu un impact important dans la zone d’emploi de Troyes, qui a subi de forts reculs de l’emploi dans les secteurs de l’industrie de l’habillement et de la fabrication de produits en caoutchouc, où plus d’un quart des emplois ont disparu entre 2007 et 2012. Le chômage touche aussi particulièrement les Vosges (14,3 % dans la zone d’emploi de Saint-Dié-des-Vosges, 12,3 % à Belfort-Montbéliard), l’ancien bassin houiller lorrain (13,5 % à Forbach) et les zones d’emploi industrielles en déprise du Centre (13 % et plus à Montargis et Vierzon).

Dans ces zones, le déclin des activités productives est très prononcé : - 17 % d’emplois dans la zone de Saint-Dié-des-Vosges entre 2007 et 2012 (activités liées au bois, au papier et à la métallurgie) ; - 14 % à Montargis (métallurgie et fabrication de matériels de transport) et à Vierzon (fabrication de produits en caoutchouc et de machines/équipements), alors même que dans ces trois dernières zones d’emploi, 17 % des actifs sont des ouvriers, contre 13 % en moyenne en France. La perte d’emplois industriels se combine avec un déclin des activités résidentielles. Le nombre d’emplois des activités à orientation résidentielle a en effet baissé de 3 % dans la zone de Saint-Dié-des-Vosges et de près de 4 % à Montargis et Vierzon entre 2007 et 2012. Cette évolution va de pair avec un déclin démographique. En effet, dans ces territoires, la structure de la population (28 % ont 60 ans et plus, contre 23 % en France) ne permet pas de miser sur un solde naturel dynamique comme levier de croissance. La surreprésentation des retraités peut toutefois constituer un potentiel de marché important, via la « silver économie » et, dans certains cas, le pouvoir d’achat plus élevé de cette population.

Des zones au chômage historiquement bas

À l’inverse, dans une zone d’emploi sur cinq (62 zones d’emploi), le taux de chômage est inférieur à 8 % en 2014. Il s’agit principalement des zones d’emploi dynamiques de l’Ouest français (autour de Rennes, Nantes et Poitiers) s’appuyant sur des soldes naturel et migratoire favorables, ainsi que sur un appareil productif diversifié avec plusieurs points forts historiques (la construction automobile à Rennes, la proximité du port de Saint-Nazaire pour Nantes) et d’autres plus récents (le développement des secteurs liés aux banques et à l’informatique, notamment à Nantes). Parmi ces zones au faible taux de chômage figurent aussi des zones d’emploi d’Île-de-France, des Alpes, et des zones aux situations plus contrastées du Massif central et du Jura. Le chômage y est historiquement bas, mais pour autant, ces espaces n’ont pas été épargnés par la hausse de celui-ci depuis 2007. Il importe toutefois d’affiner l’échelle d’analyse : un faible taux de chômage à l’échelle de la zone d’emploi peut masquer des disparités importantes, notamment au sein des territoires urbains.

Ainsi, les espaces en difficulté en termes de chômage le sont pour la plupart depuis longtemps. À l’inverse, les zones d’emploi où le chômage est bas en 2014 ont été plutôt épargnées par les différents épisodes de crise économique qui se sont succédé depuis 1975, même si le chômage y a aussi augmenté depuis 2007.

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